"Combatives" est un terme qui revient régulièrement lorsque l’ on s'intéresse à la self défense et que l'on
fouille intensivement l'histoire des disciplines à la recherche d'informations sur l’origine des techniques les plus simplement efficaces.
Des explications s'imposent donc.
Combatives est un terme anglo-saxon qui désigne le combat au corps-à-corps, à mains nues, ou armé ( arme à feu,
d’impact, tranchante, ou improvisée ). Il est clairement d'origine militaire.
De tous temps, les soldats ont été entraînés au combat rapproché : on peut penser aux exercices de lutte
gréco-romaine, comme aux arts martiaux japonais qui, regroupés sous la dénomination globale de Bujitsu, englobaient l'ensemble des arts guerriers indispensables aux combattants ( mains nues
"jujitsu", couteau "tantojitsu", baton "bojitsu" ).
L'avènement des armes à feu changea bien
évidemment la donne, mais les techniques de combat au corps-à-corps ne disparurent pas.
Elles connurent même une apogée lors des 2 conflits mondiaux qui entachèrent le 20ème siècle.
On
pense naturellement aux redoutables "nettoyeurs de tranchées" de la guerre de 14-18, qui affrontaient l'ennemi les yeux dans les yeux, munis de tout ce que l'homme peut inventer pour nuire à
l'intégrité physique de son prochain : couteau, baïonnette, hache, poing américains, casse-tête divers, arme de poing, etc…
Et dès la première guerre mondiale, des systèmes de corps-à-corps sont envisagés, élaborés et codifiés aux Etats-Unis, au
Canada, en Grande-Bretagne ainsi qu’en France, par des personnalités aussi ignorées que Smith, Thornberry ou Biddle.
Mais, c'est la seconde guerre mondiale qui mettra véritablement les techniques de corps-à-corps à l'honneur ; on
parle dès lors des techniques "World War II Combatives" lorsque l'on évoque cette période.
Le
contexte est en effet difficile : l'Europe est en déroute, et les armées européennes n'ont pas su s'opposer aux armées du IIIème Reich.
Dans cette situation, 2 constats s'imposent :
- Il faut pouvoir former rapidement des troupes d'élites capables de reprendre la supériorité dans un contexte
très difficile, et de continuer à combattre quelle que soit la situation,
- Il faut pouvoir former rapidement des espions, hommes et comme femmes capables d’ infiltrer le territoire
ennemi pour récolter des informations, saboter, épauler
et former les poches de résistance.
Ces constats mènent à la conclusion qu’une nouvelle formation militaire excessivement simple et efficace au combat rapproché doit être mise en place
et se délivrer sur la période la plus brève possible.
2 experts sont alors mis à contribution : il s'agit des Anglais William E Fairbairn et d'Eric A. Sykes. Les 2
hommes ont travaillé dans le Shangaï des années 30, au sein des forces de police, et ont mis au point, puis enseigné des techniques de combats simples, rapides, redoutables, à mains armées ou à
mains nues, pour lutter contre la criminalité de l'Est Asiatique (notamment les Triades).
Fairbairn et Sykes ne sont pas les premiers venus. Fairbairn, né en 1885, a été soldat britannique dans l'infanterie puis policier. Il a étudié le ju jitsu ainsi que les arts martiaux
chinois. Quant à Sykes, né en 1883, il a d'abord été employé dans l'import/export d'armes vers le sud-est asiatique avant, semble-t-il, de s'engager
comme tireur d'élite dans les forces armées britanniques, puis de rejoindre la police de Shanghai en 1926.
Fairbairn et Sykes n'ont pas seulement codifié des techniques de combat, ils ont également profondément modifié
l'usage des armes à feu dans un contexte de défense, ainsi que développé une dague de combat qui portera comme nom leurs initiales, F &
S.
Ces deux hommes sont également rejoints dans leur tache par le Colonel Rex Applegate, qui, travaillant pour l’
"Office of Strategic Service", était confronté à la même demande d'entraînement rapide et efficace de troupes. Dès 1943, il écrit "Kill or get killed" ("Tuer ou être tué"), qui est toujours
considéré comme un grand classique du combat au corps-à-corps.
Plus tard, sa collaboration avec Fairbairn l'amènera à modifier les points faibles de la dague Fairbairn-Sykes
dans une seconde version .
Ce syllabaire technique, peaufiné au sein des forces de police en Asie, et brutalement une nouvelle fois radicalisé par les circonstances de la seconde guerre mondiale, est dès lors enseigné à toutes les forces spéciales que les Alliés entraînent
pour lutter contre le régime Nazi : les commandos britanniques, canadiens, la Jewish Brigade, les premiers Special Service Force (ancêtre des SAS), l'OSS (espionnage), ainsi que les Home Guards civils anglais, et les Rangers et Marines américains.
Cet entraînement perdurera après la guerre et sera d'ailleurs à l'origine d'une passation de connaissances entre forces armées. Les forces spéciales britanniques entraîneront ainsi
les commandos français ayant débarqués en Normandie, qui donneront eux-mêmes naissance aux troupes de Marine (RIMA et RPIMA) ainsi qu'aux commandos de marine (Hubert, etc…).
Avec la guerre froide, les Combatives, dans leur philosophie et leur essence tombent quelque peu en désuétude en
ce qui concerne l'entraînement de masse des forces conventionnelles : l'ennemi est loin, à l'abri de son bouclier atomique, de ses missiles et de ses chars, et le corps-à-corps paraît moins
essentiel.
Mais les techniques corps-à-corps éprouvées durant le dernier conflit mondial ne se perdent pas pour autant :
elles seront définitivement adoptées, assimilées et appliquées par les services de renseignements militaires et civils alliés, retournant finalement là où elles étaient nées, secrètes et dans
l'ombre.
La situation perdure également un peu plus tard : très tournées vers les missions de gardien de la paix (peace
keeping) ou de secourisme (assistance en cas de catastrophes), les forces armées s'éloignent des Combatives, beaucoup trop brutales dans le cadre de ce type de missions.
Au tournant du 21ème siècle, la montée du terrorisme urbain, des conflits d'intensité réduite et des
conflits liés au terrorisme ( Irak, Afghanistan ), bref, le monde Post 11 Septembre, ont cependant très brutalement rappelé à l'ordre les commandements des armées des grandes
puissances.
En effet, face à des opposants très décidés, ancrés dans un pays, des villes et des campagnes qu'ils maîtrisent
parfaitement, les militaires se sont rendus compte que la supériorité technologique ne faisait pas tout, et que nombreuses sont les situations où le "Killed or Get Killed" d'Appelgate reprenait
tout son sens.
Dès lors, les doctrines d'entraînement et d'emploi de la force ont été révisées et les antiques Combatives , à
nouveau plébiscités, sont de retour au grand jour au sein de certains programmes de quelques forces armées modernes. Les techniques à mains nues, et armées sont de nouveau étudiées, dans un
contexte de fantassins sur-équipés et, donc, peu mobiles ( casques lourds, gilets par-balles , armes et dotation en munition, etc…).
Si le civil lambda n'a pas nécessairement à connaître ou étudier ce type de techniques, parfois trop brutales pour être justifiables dans le cadre de la loi ( réciprocité
attaque-riposte ), il est cependant intéressant de se pencher sur les concepts et les méthodes d'entraînement qui font l'efficacité et l’identité atypique des Combatives.
On notera, par exemple, la préparation en amont, la vigilance, la capacité à passer d'un état "off" à un état
"on", la brutalité de la riposte, l'emploi de tous types d'armes permettant de regagner au plus vite la supériorité, l'inventivité et l'absence de règles, l'entraînement au plus prêt de la
réalité, l’agressivité, l’explosivité des méthodes employées, le maintien rigoureux du principe qui leur est fondamental : Keep It Simple Stupid ! (Garde ça stupidement
simple !).
Toutes choses que nous développons dans les colonnes de ce blog, et que nous nous efforçons d'incorporer à notre
mesure à notre entraînement de ju jitsu. A vous de faire de même si vous en sentez le besoin.
Merci à Serge pour sa relecture active et ses corrections sur cet article. Take care Bro'