Dans notre billet intitulé "Vous avez un message", nous racontions comment la phrase
"Simple et correct vaut mieux que difficile et incorrect" nous avait marqué, tant elle correspondait à notre propre approche de la self défense.
Enseigner des techniques simples, c'est d'abord s'assurer d'une meilleure facilité d'apprentissage. Le temps nécessaire pour passer de "débutant" à "capable de faire quelque chose pour se
défendre même si ce n'est pas parfait" est réduit ; le niveau du pratiquant augmente plus vite au bénéfice évident de l'élève. Dès les tous premiers mois de pratique, on devient capable de se
débrouiller efficacement contre une agression.
Mais il y a une autre raison pour laquelle nous insistons sur la simplicité.
Le stress, et ses effets sur le corps humain (accélération du rythme cardiaque, influx musculaire accru, etc…), mais aussi les effets de la peur (contraction du ventre, tremblements, tétanie
partielle ou totale, …), vous empêcheront tout simplement d'effectuer avec succès des mouvements complexes le moment venu.
S'entraîner avec des mouvements compliqués, c'est donc tout simplement s'entraîner à faire des choses que l'on ne sera pas capable de reproduire hors du contexte douillet du dojo
!
Pas convaincu ?
Faite ce premier test : imitez les effets de l'adrénaline et du stress en vous
fatiguant artificiellement (par exemple en effectuant le plus de pompes possible le plus vite possible, ou en effectuant des sprints en aller-retour, etc…). Arrêtez-vous et essayer de suite de
faire une action "complexe", comme par exemple passer un fil dans le chas d'une aiguille, ou remplir une bouteille au goulot étroit à l'aide d'une bouteille à goulot
large.
Alors ? Pas facile, non ? Ce qui peut se faire aisément dans un état émotif et physique standard devient très difficile dès lors que nous sommes physiquement et émotionnellement
perturbé.
Après tout, vous ne vous entraînez pas à passer un fil dans le chas d'une aiguille, ni à remplir des bouteilles. Vous mettez beaucoup de temps et d'énergie à apprendre des techniques de self défense, et ce temps investit, il va forcément payer le moment venu, non ?
Faites alors cet autre test : exécutez, avec votre partenaire et de la manière
habituelle, une technique de défense sur une attaque donnée. Facile. Faite le plusieurs fois, pour bien "sentir la technique". Toujours facile.
Maintenant, demandez à votre partenaire de vous attaquer vraiment, c'est-à-dire comme cela arriverait dans la réalité : avec beaucoup de force, avec beaucoup d'énergie, avec de l'énervement, et
en vous criant dessus pour vous traiter de tous les noms. Demandez à votre partenaire de se mettre dans la peau de quelqu'un que vous auriez vraiment énervé pour une raison quelconque (queue de
poisson en voiture, bousculade, œillade vers sa femme, etc…) et demandez-lui de laisser sortir sa colère, et de vous attaquer avec la même attaque que précédemment. Demandez-lui de continuer son
attaque si vos premières ripostes ne fonctionnent pas, comme le ferait un agresseur réel.
Même en étant prévenu, vous devriez avoir beaucoup de mal à réussir votre technique si elle requiert des capacités physiques trop fines. Même en connaissant votre partenaire, le stress d'une
attaque réaliste énergique et accompagnée de vociférations va limiter vos capacités physiques et vous empêcher d'agir aussi finement que vous le souhaiteriez.
Si vous ne ressentez pas cette gêne lors de l'exécution de votre défense, c'est alors que votre bagage tient compte de la réalité, et c'est tant mieux pour
vous.
En résumé, si vous avez l'impression que dès que les exercices s'accélèrent, deviennent plus réels, sont plus énergiques, vos techniques ne fonctionnent plus, posez-vous la question de savoir si
c'est votre entraînement qui n'est pas suffisant (donc cela serait de "votre faute"), ou si ce sont les techniques que l'on vous enseigne qui ne sont pas adaptées (et auquel cas, demandez-vous si
vous avez intérêt à poursuivre dans cette voie).