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La dernière fois qu'on a entendu "bang bang", c'était en allant voir Kill Bill, dans lequel Tarantino s'est servit de la chanson
de Nancy Sinatra pour la B.O. du film.
Depuis, ça a fait pas mal de fois "bang" en cette année 2010 (fuite de braqueurs ayant donné lieu à une fusillade et la mort
d'une policière municipale, coups de feu en sortie de boite de nuit à Paris, braqueurs de casino armés, tirs de Kalachnikov contre un véhicule de la BAC, etc…), et il nous semble important de
consacrer un article aux armes à feu.
Tenant de la self protection, nous prendrons cette thématique au sens large de la compréhension et de la réaction face aux
risques que représente une arme à feu, et non au sens strict de la self-défense face à la menace directe d'une arme à feu. D'une part il est illusoire de vouloir expliquer ici, par des mots, des
techniques de désarmement, d'autre part si réellement vous êtes braqué à bout portant, il vaut mieux ne rien faire.
Mais tout citoyen peut se retrouver dans la rue et se voir soudain au milieu d'une course-poursuite ou d'une situation qui
dégénère avec la présence d'armes à feu, voire de tirs, comme l'actualité l'a prouvé.
Une arme à feu est un outil, comme la moissonneuse batteuse ou le grille pain. Cet outil a été conçu dans le but d'envoyer à
grande vitesse et avec précision un projectile suffisamment dur pour pénétrer les matériaux. Matériaux qui sont généralement la chair et l'os (gibier ou être humain), mais aussi le carton
(n'oublions pas que plein de gens pratiquent le tir sportif sur cible sans être plus fous, plus dangereux ou plus inconscients qu'un aïkidoka maniant le bâton, ou un karateka faisant ses
katas).
Ce que nous apprend cette définition est de 3 ordres :
- Une arme à feu n'est pas mauvaise. C'est l'usage qu'on en fait qui peut l'être. C'est donc la personne qui tient,
manipule, tire avec l'arme à feu qui est potentiellement dangereuse et non l'arme elle-même,
- Ce qui est super dangereux, c'est le projectile, non l'arme (quoique se prendre un coup de crosse dans la figure n'aide
pas à se sentir bien :-). En théorie, il suffit donc de ne pas se trouver sur la trajectoire du projectile pour être sauf.
- Contrairement à la bombe H, une arme est feu est relativement précise, mais cette précision est difficile à obtenir, car
elle demande beaucoup de maitrise et de sang-froid. Paradoxalement donc, il est très facile de rater sa cible avec une arme à feu. Et donc de faire des dégâts "collatéraux". Surtout en mode
rafale ! C'est là que le passant qui passe sans rien demander se sent soudain très concerné !!
Sans rentrer dans des détails trop techniques, on distingue aujourd'hui :
- Les armes de poing : pistolets et revolvers
- Les fusils d'assaut
- Les fusils à pompe
- Les fusils de chasse et carabines
Et au sein de cette mini catégorisation, on note des différences :
- De taille : armes compactes ou longues
- De projectile : balles ou plomb ou munition sub-léthale (gomme cogne), dans des calibres différents (9mm, 7,62, 5,56,
38., 22., etc…)
- De puissance : forte puissance d'arrêt ou forte puissance de pénétration
- De distance : capacité à tirer loin ou très loin, tout en maintenant une bonne précision
- De capacité de chargeur : mono coup, 2 coups, plusieurs coups, très nombreux coups…
- De tempo : capacité à tirer au coup par coup ou en rafale
Il est très difficile de savoir quel type d'arme circule aujourd'hui en France : certaines sources alarmistes disent que les armes de guerre foisonnent dans les banlieues sensibles, que les Kalach et les pistolets se trouvent très facilement sous le manteau, d'autres plus mesurées que la situation est finalement assez stable, et que les armes en circulation (entendez par là, hors de la légalité), ne sont pas plus nombreuses qu'avant.
Par contre il semble que la psychologie des possesseurs illégaux d'armes ait changée, et c'est ce qui rend important une petite
connaissance du sujet.
D'une part, une certaine partie des professionnels du crime optent pour un armement plus massif face à la sécurisation de leurs
cibles (banques, fourgons, bijouteries, …), d'autres s'arment pour faire face à des guerres de territoires et défendre leurs intérêts (trafic de drogue notamment). D'autre part, une certaine
frange d'une population marginale de fauteurs de trouble est en possession d'armes à feu dans une logique de crescendo offensif ("quand je cherche querelle à droite à gauche, mes opposants sont
parfois armés de couteaux, si je veux prouver que je suis un boss, je dois avoir un calibre").
Toutes ces populations sont susceptibles de faire usage de leurs armes pour se sortir d'une situation jugée difficile, sans se
soucier des conséquences. C'est de là que vient le danger pour le citoyen qui se trouverait au mauvais endroit au mauvais moment.
1. Identifier
Nul besoin d'être expert pour reconnaître le son de coups de feu : films et TV en sont pleins.
En cas de bruits suspects, coup isolé ou rafale, il convient donc de dresser l'oreille et d'identifier rapidement :
- La validité du son : s'agit-il réellement d'une arme à feu ? En dehors du 14 Juillet et du Nouvel An, de tel bruits sont
rares en France… On pourra les corroborer par d'autres indices : bruits de vitres brisées, éclats, hurlements de foule, bousculade, voire personnes blessée, sang, etc…
- Le direction du son : gauche-droite, devant-derrière, haut-bas, proche ou lointain… ?
2. Réagir
2 notions à distinguer : cachette vs couvert.
La cachette est un emplacement qui va nous masquer à la vue du tireur, mais qui est traversée par les balles. Elle n'est donc
que partiellement sûr (en gros, tant que le tireur ne met pas une rafale au travers).
Le couvert est un emplacement qui est impénétrable par les balles. A part les vitrages blindés, il s'agit généralement d'un
matériau qui n'est pas transparent, et qui donc nous cache aussi aux yeux du tireur. Le couvert représente donc un choix plus sûr que la cachette.
Si l'on entends des tirs, il convient donc de se déplacer et se positionner derrière le couvert le plus proche, ou à défaut la
cachette. Peuvent constituer de bons couverts :
- les arbres de gros diamètre
- les véhicules (voitures, bus, …)
- les trottoirs si on se couche par terre dans le caniveau
- les murs, murets, …
- les trous et excavations de chantier
Petite précision sur la pénétration des projectiles : des balles de calibre 5,56 tirées avec un fusil d'assaut traversent
environ :
- 1cm d'acier
- 1m de bois de sapin
- 30 à 45cm de sable
- et passent facilement les murs de briques
On comprend dès lors que les abris-bus, petits arbres, portière de voiture, panneaux publicitaires, boites aux lettres, bloc
électrique, et autres portes cochères ne constituent pas un couvert.
Bon à savoir dès lors :
- Il vaut mieux s'agenouiller derrière l'axe de la roue avant et le bloc moteur d'une voiture, car c'est là qu'est située
la plus grosse masse métallique, et donc le couvert le plus sûr. Portières et coffre ne sont donc qu'une cachette (et au passage, non, le réservoir n'explose pas si une balle le traverse
!)
- Il faut résister à la tentation de se coller tout contre le couvert ou la cachette, à cause des risques de projections de
bouts de matériaux, d'éclats, etc... On essayera donc de garder au moins une main de distance entre soi et son couvert/ cachette.
- Si les tirs sont lointains, et le couvert éloigné, on peut décider de se faire tout petit en restant sur place,
agenouillé ou couché, pour faire de soi une cible difficile à viser. Plus les tirs sont proches et plus on est directement visé, plus on aura intérêt à bouger, courir, si possible de manière
surprenante et erratique, pour rendre le ciblage difficile.
3. Survivre
En cas de blessure par balle (vous ou quelqu'un d'autres) et en attendant les secours, l'important est de comprimer la plaie,
pour minimiser l'épanchement de sang. Dans un contexte urbain, les plaies restent relativement propres, il est donc possible de se constituer une boule de vêtement (écharpe, t-shirt, …) pour
appuyer sur la plaie.
Cette compression pourra se doubler d'une action sur les points de compression sanguins, si vous savez le faire.
Les autres éléments à traiter seront des gens en état de choc, écorchés ou coupés par des éclats de verre, avec des chevilles
foulées ou des coudes et genoux abimés, etc… sans vouloir jouer à l'urgentiste ou au Superman, chercher à rassurer les personnes si vous le pouvez. Parlez leur, tenez leur la main, placez-les
dans une position confortable si c'est possible. Utiliser votre bon sens, sans pour autant vous mettre en danger. C'est d'ailleurs vrai de toute situation d'urgence.
Rappelez-vous que des gens qui pleurent ou qui crient sont conscients et respirent : c'est souvent signe que leurs blessures
peuvent attendre, donc ne vous laissez pas impressionner vous-même.
Au-delà des risques de blessures, attention aussi au retour à la normale. Il serait bête de jaillir comme un diable de sa boite
de derrière sa cachette pour se prendre un coup de feu de la part de forces de l'ordre forcément à cran, ou de malfaiteurs pas vraiment partis.
Attendez les instructions de la police, ou à défaut d'être sûrs que la situation est redevenue normale avant de bouger. Gardez
vos mains en vue, ne faites pas de gestes brusques. Signalez-vous si vous ou d'autres ont besoin de soins.
Voilà de manière très globale la conduite à tenir en cas de coups de feu en milieu urbain, dans un contexte "au mauvais endroit
au mauvais moment", donc contexte dans lequel vous n'êtes pas spécialement une cible.
En espérant bien sûr que cela ne serve à personne !
Le livre de Philippe Gouedard , intitulé "Protection Rapprochée Personnelle : légitime défense & actions
préventives" est paru.
Il présente notre approche d'une self protection globale, qui commence en amont par un ensemble de conseils de prudence et de bon sens. Ce n'est donc pas un recueil de techniques.
Le livre est disponible chez les libraires réels et virtuels au prix de 19€50.