Blog développant des sujets ayant trait à la self preservation au sens large, à la self-defense en particulier et au ju jitsu.
En ces temps de vacances, où beaucoup vont quitter un milieu urbain connu pour courir par monts et par vaux, à la mer, à la campagne ou à la montagne, et faire des activités parfois nouvelles ou dans lesquelles ils sont débutants (bateau, escalade, rafting, trekking, etc…), il nous paraît intéressant de vous parler des règles élémentaires de survie, dites "la règle des 3".
Un sujet sur les règles de survie peut paraître bizarre sur un blog qui comme le notre s'intéresse en premier lieu à la self défense…
Mais n'oubliez pas : 1.que notre approche intègre la self défense contre les agressions physiques comme une partie d'un tout plus vaste qui est la self préservation de votre personne et des vôtres (femme, mari, enfant, famille) et que 2. si vous êtes mort ou très grièvement blessé, vous ne serez plus capable d'appliquer les superbes mouvements de self défense que vous aurez mis si longtemps à apprendre ! Ce qui est contraire à notre enseignement le plus basique.
C'est David Manise qui nous a parlé la première fois de la règle des 3 (lors d'un excellent stage), qu'il a enrichie en la basant sur celle de Ron Hood, un instructeur de survie américain. David prône lui aussi une approche intégré self défense / self préservation et survie urbaine / survie dans la nature et il était donc naturel pour nous de vous faire part de son approche si semblable à la notre.
Que dit la règle des 3 et comment impacte-t-elle notre approche en self défense, et en self préservation, c'est-à-dire plus concrètement aujourd'hui pendant vos vacances ?
La règle indique que l'on ne peut survivre :
- Plus de 3 secondes sans prudence :
Cela paraît bête, mais la première règle de survie est de faire attention (à soi, aux autres et à son environnement).
Attention aux signaux naturels (orage par ex), aux signaux humains prévus à cet effet (feux rouge, drapeau rouge sur la plage par ex) ou aux signaux humains que vous captez (via la vigilance, un autre de nos crédo : regard de travers, cris, personne énervée, saoule, etc…).
Pour expliciter cette règle plus crûment : la connerie tue !! Les accidents peuvent être mortels !! Sans prudence, vous aurez rapidement des ennuis !
- Plus de 3 minutes sans oxygène dans nos centres vitaux :
Encore un point qui paraît trivial, mais qui est d'importance.
En self défense, les voies respiratoires sont une cible de choix (les fameuses zones V-M-R (Vision – Mobilité – Respiration)) ; elles sont donc également en ce qui vous concerne une zone à défendre.
En self préservation, cela nous incite à la plus grande prudence (tiens, la première règle !!) dès lors que de l'eau est impliquée dans une activité, notamment si l'on n'est pas bon nageur ou que de jeunes enfants sont à proximité (piscine, rivière, lac, mer…
- Plus de 3 heures sans régulation thermique :
C'est un point souvent négligé, mais qui tue beaucoup plus que la soif ou la faim.
Il est extrêmement important que le corps soit maintenu à sa température de 37,5°C, qu'il fasse froid en le réchauffant, ou qu'il fasse chaud en le refroidissant.
Dans une bonne logique de self préservation, vous devez porter et emporter des vêtements adaptés à votre activité et à la météo en cours ou à venir (règle n°1 : prudence : connaître à l'avance le temps qu'il fera en checkant la météo).
Conséquence de cette règle : si vous êtes surpris par un changement de temps, protégez-vous du mieux possible avec le matériel que vous avez emporté, puis repliez-vous vers un abri. Votre point de départ, où un autre abri en chemin (ferme, , refuge, cabane, grotte …), où un abri emporté avec vous (tente, tarp, …) ou un abri construit par vos soins (cabane de branchages, etc…)
Pour l'anecdote, les concurrents du Koh Lanta de cette année (la célèbre émission de survie de TF1), arguant du beau temps tropical et de la chaleur de leur île des Philippines, n'ont construit que des abris très sommaires. Résultat : 2 nuits de suite à grelotter et à ne pas dormir, parce que l'humidité dégagée par le sable les frigorifiait littéralement. Et ce malgré une température extérieure douce et des vêtements chaud type veste polaire.
La conséquence de la conséquence, c'est bien sûr que la privation de sommeil, donc la fatigue, altère le jugement et peut amener à contre-venir à la règle n°1, celle de la prudence.
- Plus de 3 jours sans boire :
Et oui, la soif n'est pas la première cause de mortalité, et comme le montre la règle des 3, ce n'est pas forcément la première priorité. Si l'on est abrité et que l'on se tient tranquille, il y a moyen de tenir assez longtemps sans boire.
Cependant, la boisson est d'une part indispensable à la vie, mais également un bon facteur d'aide à la régulation thermique (bien que n'étant pas le seul).
Les boissons chaudes réchauffent lorsqu'il fait froid et apporte un réconfort psychologique non négligeable. A l'inverse, en cas de forte chaleur, l'apport de liquide, en nous permettant de maintenir le processus de la transpiration, concourt également à cette régulation.
Encore une fois, dans votre préparation amont (prudence, vigilance, préparation, les 3 mamelles de la sécurité), prévoyez de quoi vous hydrater (bouteille, gourde, et ravitaillement en route).
- Plus de 3 semaines sans manger :
Un chiffre étonnant, mais réel. Sous certaines conditions et en fonction des réserves de graisse de chacun, cela peut être plus, comme le démontre par exemple certains grévistes de la faim.
Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il est très improbable que vous mourriez de faim lors d'activité en France. Et même si vous êtes perdus, les moyens modernes permettront de vous retrouver avant 3 semaines.
Mais là encore, quelques provisions, de type barre énergétiques, fruits secs, gâteaux ou autre, peuvent permettre de patienter et sont important en terme de réconfort psychologique.
NB : à ce stade, il est donc important de comprendre qu'en cas de pépin, ne pas paniquer (ce qui va vous amener à ne plus être prudent et va donc vous attirer des ennuis) puis s'abriter puis se signaler sont les 3 choses à faire. Autrement dit, il n'y a pas de honte à se mettre à l'abri d'un rocher et de téléphoner aux secours si l'on se pense perdu, plutôt que de paniquer, de courir partout et de se faire une fracture ouverte de la jambe en dehors du chemin. On vous retrouvera difficilement et une blessure qui saigne est beaucoup plus grave que le fait de ne pas boire ou manger pendant 24 heures le temps qu'on vous trouve.
Cette conduite est également applicable aux situations de self défense : ne pas paniquer en cédant au stress si possible, s'abriter (par la garde passive, mais aussi en mettant des obstacles entre vous et votre agresseur (le premier obstacle étant la distance, puis poteau, barrière, voiture, sac, mallette, etc…)) et se signaler (ne pas hésiter à parler fort, à crier, à siffler, à hurler) pour attirer l'attention de témoins et faire éventuellement fuir l'agresseur.
- Plus de 3 mois sans contacts sociaux :
Pour conclure cette règle des 3, un rappel que l'homme est avant tout un "animal social", et que le contact avec ceux de notre espèce est primordial pour notre santé mentale.
C'est également un bon argument à tout ceux qui nous jugeront paranoïaque ou reclu : il ne s'agit pas de fuir les humains et de ne plus sortir de chez soi pour éviter les problèmes, ou ne pas se trouver dans des situations potentielles de danger.
Il s'agit juste de ne pas faire n'importe quoi, n'importe quand, car la frontière est mince entre une gestion saine des incidents, qui ne débouche que sur une aventure anecdotique à raconter au retour de vacances, et une gestion paniquée et non gérée des mêmes incidents, qui débouchent sur une tragédie.
En résumé, si l'on suit la règles des 3 dans la vie urbaine de tous les jours mais aussi pour les activités outdoor, on obtient une bonne grille d'analyse et de préparation :
- Prudence : ce que je vais faire et entreprendre est-il prudent ? Ai-je vérifié les différents aléas pouvant perturber cette activité (météo, itinéraire, sérieux de l'organisateur de l'activité, …). Suis-je capable d'accomplir cette activité ? Ceux qui sont avec moi le peuvent-ils ? Ai-je les connaissances et l'équipement pour accomplir cette activité et voir venir le danger ?
- Voies respiratoires : je suis prudent si j'exerce une activité nautique. En cas de problème, et comme le veut les règles de premiers secours, je dégage les voies respiratoires de la victime et je vérifie qu'elle ventile correctement.
- Régulation thermique : suis je bien équipé pour l'activité que j'entreprends ? et compte tenu de la météo probable et de la durée de l'activité ?
- Boisson : ai-je de quoi m'hydrater tout au long de l'activité, surtout si elle est physique et qu'elle dure longtemps ?
- Nourriture : ai-je de quoi me sustenter tout au long de l'activité, surtout si elle est physique et qu'elle dure longtemps ? Si l'activité est courte , ai-je prévu un minimum pour éviter le "coup de barre" ?
- Contact humain : est-ce que j'ai pris la peine de regarder dans mon guide de voyage comment on dit "bonjour" et "merci" dans la langue du pays ? Et si je demandais à l'accueil de l'hôtel l'adresse d'un bar typique du coin, pour voir comment vivent les gens ? Et si je prenais les transports en commun au lieu du taxi ? Bref, si j'applique bien toutes les règles, vive la socialisation, les échanges et la découverte.
Voici donc pour "la règle des 3". Si elle ne vous sert qu'à préparer votre sac avant de sortir faire une marche avec votre famille, cela sera déjà super. Si un jour elle vous sauve la vie, nous serons heureux de l'avoir publié ici.
Vous pouvez lire l'approche et la présentation de la règle des 3 par David Manise ici