Blog développant des sujets ayant trait à la self preservation au sens large, à la self-defense en particulier et au ju jitsu.
Une approche de la self défense qui se veut réaliste, se doit de passer par un entraînement réaliste. C'est-à-dire un entraînement dont les exercices se rapprochent des conditions du réel.
C'est sur ces bases que s'est formée l'approche RBSD (Reality Based Self Defense) aux Etats-Unis et en Angleterre, avant d'arriver en France.
Que signifie "se placer dans les conditions du réel" ? C'est, tout en minimisant les risques pour les pratiquants (attaquants comme défenseurs), placer les élèves dans des situations qui miment les agressions réelles.
Pour cela, plusieurs pistes :
- Le lieu : on peut sortir de la salle habituelle et travailler dans un lieu réel (parc, rue, bar, porte cochère, escalier, …)
- La tenue : on peut quitter le kimono pour être vêtu comme dans ses activités quotidiennes (avec costume, talons hauts ou uniforme pour les gens qui ne peuvent pas être habillés de manière casual)
- Les situations : on peut échafauder des scénarios d'agressions réalistes (scenarios training): embuscade, agression à plusieurs, racket, présence d'arme, dialogue, … Les protagonistes peuvent, à plus haut niveau, porter des protections pour permettre un travail encore plus réaliste dans les ripostes.
Lors de notre dernier stage orienté sur la gestion des menaces et des attaques de face, nous avons, à notre petit niveau, développé quelques exercices se rapprochant d'un "scenario training".
Postulat de base : quelqu'un qui vous approche et vous saisi d'une main va rarement vous caresser de l'autre, mais plus probablement vous délivrer un coup. L'attaquant agit donc sur 2 temps –1. la saisie, suivi de 2. une frappe-, même si ces 2 temps sont extrêmement rapprochés.
Travail demandé : si le défenseur se focalise sur le temps 1 de la saisie, par exemple en saisissant à son tour ou en tentant une clé, il ne pourra gérer la frappe qui arrivera au temps 2. La riposte du défenseur doit donc être unique et regrouper tout à la fois une défense et une riposte. Le plus souvent, il s'agira d'une frappe au visage de l'adversaire, en "entrant" dans l'attaque pour se rapprocher et poursuivre la défense. Le point important est le travail de la décision (le "Kime" en japonais) : sitôt touché, saisi, agrippé,… le défenseur doit exploser en une riposte violente, brève et décisive pour reprendre l'avantage.
Scénario : les exercices se sont enchaînés, partant d'une application statique 1 contre 1, bras ballant, avec l'agresseur qui marque le temps de ses attaques à haute voix –"1" pour la saisie puis "2" pour le coup- pour finalement aboutir à une situation où 3 personnes tournent autour de l'agressé en lui parlant, chacun pouvant porter à tout moment une attaque (saisie suivi d'une frappe).
Conclusions :
- Si l'on accepte le postulat de l'exercice, dans lequel on laisse rentrer l'adversaire dans une distance proche, le taux de réussite d'un contre est infiniment inférieur les bras ballants que lorsqu'on adopte une garde. Il est certain qu'avoir les bras prêts (garde passive, fence, etc…) est un avantage indiscutable. C'est la base (et pourtant, on l'oublie parfois).
- Les déplacements sont ensuite primordiaux, surtout contre plusieurs adversaires. Une fois encore, preuve a été faite que reculer en ligne droite est un faux ami : on pense maintenir la distance, mais on se désavantage en portant notre propre poids sur les talons, tandis ce que l'on avantage l'agresseur qui va de l'avant pour nous suivre. Sans oublier que les agresseurs multiples ont tout loisirs de se placer confortablement. Les déplacements circulaires, à contrario, permettent une meilleure gestion du poids de corps et peuvent permettre de n'avoir qu'un adversaire à traiter.
- La réaction : la riposte doit être immédiate, dès la saisie. Il ne s'agit plus de "voir si on va être vraiment attaqué" : à ce moment là, c'est trop tard. Si possible, la riposte doit permettre en même temps de se protéger de l'attaque : en effet, quelqu'un de déterminé "balancera" quand même son coup, quand bien même il est touché. Pour se faire, les attaques directes au visage sont souvent utiles, car elles permettent de cacher sa propre tête derrière le biceps du bras tendu. Cependant, des ripostes avec déplacements du buste (soit vers l'avant, par exemple en plaçant une frappe main ouverte de bas en haut – soit vers l'arrière, par exemple en ripostant d'un coup de genou) sont également efficaces.
- Les dialogues : c'est clairement la partie la plus difficile et la plus négligée. Il faut en effet être capable de réaliser parfaitement toutes les actions décrites précédemment, tout en ayant l'esprit accaparé par la gestion d'un dialogue. Et ce n'est pas facile !
Quelques conseils :
- ce n'est pas parce que vous parlez que vous devez perdre votre garde ! De même, la garde doit être vivante, et non figée, ce qui la rend visible (et ridicule, qui plus est :-). Pensez à "parler avec les mains" ("talking italian")
- si vous n'êtes pas à l'aise (ce qui sera plus que probable si vous êtes stressé), il vaut mieux s'en tenir à des phrases courtes et des réponses "oui-non", plutôt que de perdre toute concentration en se lançant dans des discours mal maîtrisés.
- une fois plus à l'aise, vous devez être capable de développer votre argumentaire de manière crédible. C'est-à-dire "vivre" pleinement vos paroles pour les rendre crédible, et non avoir l'air de dicter sur un ton atone des suites de mots : dans ce cas, votre discours ne sera pas entendu. Ainsi, à camarade a développé toute une histoire très bien menée sur le fait que "sa voiture en panne expliquait sa présence dans le quartier à une heure si tardive etc…", mais malheureusement, son manque de conviction dans sa manière de s'exprimer ne lui a pas permis de calmer ses agresseurs.
- enfin, le must est de réussir à gagner le combat verbal, qui peut parfois permettre de vaincre sans combattre physiquement. N'oubliez pas que l'agresseur attend de vous un certain type de réponse, pour pouvoir escalader et envenimer la situation. Si vous parvenez à le prendre à contre-pied, il pourra être désarmé.
Par exemple, j'essayais d'énerver un camarade en le comparant à l'animateur de TV Sébastien Cauet, et je m'attendais à ce qu'il se défende de cette ressemblance, et "monte dans les tours". Alors que je lui lançais un "Tu lui ressemble trop dis donc, il ne te manque que la chemise brillante", il m'a répondu "je crois plutôt qu'il me manque le gros bide !", me laissant sans voix, bloqué dans mon élan. Le fait qu'il n'ait pas mordu à mon hameçon par un "dis donc, tu te prends pour qui, arrête de te foutre de moi, je porte les chemises que je veux, etc…" ne m'a pas permis de surenchérir dans la violence. Combat gagné pour lui, sans un seul coup échangé.
Voilà donc pour quelques réflexions et conclusions sur une approche plus réaliste de la self-défense et sur les exercices que nous avons mené. Puissent-ils vous inspirer.
Bon entraînement à tous.