Blog développant des sujets ayant trait à la self preservation au sens large, à la self-defense en particulier et au ju jitsu.
Revenons encore une fois sur la délicate question du choix de sa discipline de self défense, tant en cette rentrée les questions fusent de la part des débutants.
On entend souvent des pratiquants annoncer que leur méthode est la meilleure, et des débutants, intéressés par la self défense, demander si telle ou telle méthode est "la meilleure" ? Mais meilleure pour qui ?
En effet quand on débarque dans un cours de self, on est tenté de regarder ce dont sont capables les élèves les plus anciens ou l'enseignant, et on peut se laisser impressionner par des mouvements ou des techniques qui paraissent spectaculaires, et efficaces réalisées par d'autres.
Or la bonne question quand on assiste à un cours d’essai est de se demander si nous serions capable de faire la même chose :
- assez rapidement (si c'est pour servir dans cinq ans ça ne sert à rien),
- dans notre tenue de travail ou de loisir habituelle,
- à froid,
- dans une condition physique très moyenne et jusqu'à un âge mur,
- contre des opposants qui ne se révélaient pas sans cervelle (comme on les imagine très souvent dans les scénarios),
- si le (les) opposant(s) pratiquent eux-mêmes une discipline de combat ?
Essayer de répondre à ces questions relève d'un préalable essentiel pour choisir sa discipline et principalement si l’on a compris qu'une méthode de Self Défense s'inscrit véritablement dans une démarche plus globale de Self Protection.
Cette démarche globale de Self Protection pourrait s'articuler ainsi :
- j'analyse les risques auxquels je peux être confronté en terme de probabilité et en terme de fréquence,
- je vois ce que je peux modifier dans mon quotidien pour éliminer, réduire ou en dernier ressort gérer ces risques,
- j'adapte mon comportement en terme de vigilance pour repérer le plus rapidement possible les risques que je n'aurais pu supprimer en amont,
- ce qui me permet de voir venir et d'éviter la confrontation, via un repli, la fuite, la désescalade verbale,
- si je vois que ces stratégies ne sont pas possible et qu'il y a agression avérée, je "rentre dedans" vite et fort,
- je gère aussi l'après (dépôt de plainte, mesures de précautions, premiers secours éventuels), etc..
Donc, en fait les techniques de Self Défense représentent à peu près 5 % de l'approche globale de Self Protection.
L'idée derrière la Self Protection c'est de ne pas se retrouver face à la menace (c'est le plus gros du travail – tout faire pour ne jamais avoir à passer en mode self défense), et derrière la Self Défense, de rompre le contact au plus vite, car le risque de se faire blesser est proportionnel au temps d’exposition et à la durée de l’échange de coups (si il y a échange...). L'utilisation de la force physique ne doit donc être pensée que pour faire cesser l'exposition au danger dans les délais les plus brefs.
On a donc là un premier paramètre de lecture d'un cours/ d'une discipline lorsque l'on est débutant :
- le cours proposé tient-il compte de la self protection dans son ensemble ? Y a –t-il des choses montrées ou dites, qui ne sont pas des techniques, mais qui participent d'une attitude globale de vigilance ? A quoi le professeur essaye-t-il de sensibiliser les élèves ?
- et seulement dans un deuxième temps, pour les techniques démontrées, la liste citée plus haut s'applique-t-elle pleinement ?
Le problème en effet, c'est qu'il n'est pas aussi facile que ça de faire capoter la machine humaine, et encore moins dans certaines circonstances émotionnelles extrêmes (peurs extrêmes et colères extrêmes). Il convient donc encore une fois d'être vigilant lorsque, sans expérience, on tente d'analyser ce que l'on voit lors d'un premier cours. "Paraître efficace" ne veut pas dire "être efficace".
Si on considère le corps humain dans sa globalité, la question à se poser en self défense est "Quels sont les systèmes biologiques (système digestif, appareil locomoteur, vision, etc...) qu'il faut endommager pour que la machine s'arrête LE PUS VITE POSSIBLE, et que cesse l’agression ?". Cela définit un certain nombre de cibles prioritaires, ou de systèmes prioritaires à atteindre (vision, respiration, mobilité).
Cette contrainte fondamentale de ciblage définie, la question suivante à se poser est : "Dans l’arsenal des attaques possibles (on n'a que 2 bras et 2 jambes), quelles sont les plus efficaces pour atteindre telle ou telle cible de manière directement incapacitante ?"
En gros l'idée pour arrêter net un agresseur dans une circonstance-limite, c'est de connecter les armes les plus puissantes sur les cibles les plus faibles (coup de pied défonçant sur un genou, par exemple). Si on fait le contraire (claques sur une fesse, par exemple), ça ne marchera pas.
(NB : on gardera à l'esprit la loi, c'est-à-dire le principe de proportionnalité)
Ces solutions ne sont en général pas très élégantes, ni très commerciales ("Ah bon, c'est juste ça qu'il faut faire ?"), mais on arrive à des mouvements qui sont en quelque sorte "obligés de marcher". De plus, le nombre de mouvements est finalement assez limité et plutôt simple à apprendre.
En conséquence, en self défense, on aura plutôt tendance à se méfier des annonces du type "apprenez 132 manières de vous défendre face à un coup de pied de face".
Alors, quand vous assistez à un cours de self défense, demandez-vous si vous seriez capable de faire les techniques que l’on vous montre… et demandez-vous si les techniques que vous voyez ressemblent à des techniques qui répondent aux critères fondamentaux de la self défense telle que nous l’avons décrite.
Bon choix.
Merci à Patrick, du Forum de David Manise de nous avoir autorisé à regrouper plusieurs de ses écrits, qui résumaient notre pensée et la sienne.