Blog développant des sujets ayant trait à la self preservation au sens large, à la self-defense en particulier et au ju jitsu.
Ci dessous, la traduction d'un article fort intéressant au sujet de la fuite face à une agression, écrit par Peter Morgan, britannique adepte de haut niveau de la self protection.
"Il n'existe pas de solutions qui fonctionnent à chaque fois dans chaque contexte que l'on puisse concevoir.
Mais s'enfuir est de loin la réponse qui présente le meilleur taux de réussite quand on l'applique, disons, à 100 scénarios différents que l'on puisse imaginer.
Je me souviens d'avoir lu un rapport au sujet d'un scénario organisé avec des simunitions (cartouches de type paintball utilisées pour un entraînement réaliste avec des armes à feu), auprès de participants allant du néophyte aux soldats des forces spéciales. La problématique était celle de multiples agresseurs armés dans un bâtiment. La tactique présentant le plus de réussite, celle qui donna le plus haut pourcentage de survie, fut celle de la fuite. La grande majorité de ceux qui essayèrent de tenir leur position et de se battre moururent. Les quelques personnes qui "gagnèrent" furent celle qui firent un effort immédiat pour échapper à l'attaque initiale, puis montèrent une contre-embuscade pour attaquer à leur tour les "méchants".
Donc ceux qui "performèrent" le plus furent les quelques gars, qui malgré des connaissances et un entraînement valant des millions d'heures de sueur et d'argent, décidèrent que se battre n'était pas une bonne idée.
S'enfuir est généralement un "succès silencieux" qui n'est pas inclus dans les statistiques. De la même manière que quand vous rentrez chez vous du travail tous les jours en voiture et réussissez à le faire sans problèmes, cette action n'est pas considérée comme un succès, parce que les récompenses pour avoir réussi n'existent pas.
Mais si vous devez faire une manœuvre d'évitement d'urgence en conduisant, cela devient bien plus spectaculaire et cela devient "une compétence de survie".
Le simple fait qu'une conduite quotidienne, raisonnable et adaptée vous a sauvé la vie chaque jour tous les jours lors de la dernière année ne compte plus. Pourtant, les compétences d'une bonne conduite quotidienne (vigilance, rouler à la bonne vitesse, anticiper les dangers, bon positionnement, etc…) sont bien plus utiles que savoir contrôler un dérapage.
Beaucoup de morts sont évités chaque année parce que des gens ont sagement choisi de s'enfuir plutôt que de tenir bon et de combattre. Mais ils n'appellent pas ensuite les centres statistiques pour dire "Hé, je ne suis pas mort la nuit dernière parce que j'ai couru plus vite que le mec derrière moi. Inscrivez moi sur vos tablettes".
Les résistances actives réussies (aux agressions) ont beaucoup plus de chances d'être dénombrées et inscrites dans nos mémoires, construisant ainsi la majeure partie des souvenirs que nous avons des réponses à la violence.
Cette tendance à se souvenir des choses spectaculaires et dramatiques veut aussi dire que nous avons de bonnes chances de nous souvenir des rares cas d'échec de stratégies de fuite qui auraient pourtant fonctionné dans la plupart des cas.
Nous risquons donc de sous-estimer les chances de réussite de la "Tactique sûre A (la fuite)", choisissant plutôt la "Tactique risquée B (le combat)", parce que nous nous souvenons des rares cas de succès de B et des rares échecs de A.
Mais (il faut bien comprendre que) ces échantillons de mémoire ne reflètent pas du tout la réalité des faits.
Pour réitérer, il y a des circonstances dans lesquelles vous devriez combattre, et il y en a dans lesquelles vous devez vous enfuir. Et les chances sont en faveur de la discrétion plutôt que de la bravoure. Heureusement c'est exactement pour cela notre réaction naturelle à une agression soudaine –fuir ou combattre- est par défaut réglée sur le mode "fuite" : c'est pourquoi nous avons les jambes qui tremblent en mode pré-combat. Des millénaires de sélection naturelle ont formé cette tendance : ce n'est pas seulement par hasard que nous avons tendance à privilégier naturellement la fuite par rapport au combat. Nos ancêtres qui ont choisi résolument de tenir bon et de combattre, même quand la fuite était une solution viable, n'ont pas survécu assez longtemps pour engendrer les caractéristiques dominantes de notre espèce. Ce sont ceux qui ont choisi de fuir qui ont pu vivre pour se nourrir, se reproduire et affronter un jour de plus"
En résumé et pour enfoncer le clou : ce n'est pas parce qu'on se souvient d'un seul cas de combat gagné –alors que l'on n'entend jamais parlé des milliers de cas de fuite réussie- qu'il faut penser que ce seul cas représente la bonne conduite à adopter. Au contraire, l'histoire de l'évolution humaine démontre que ceux qui sont restés discrets ont pu perpétuer l'espèce, tandis ce que les combattants sont morts en héros, certes, mais enfin sont surtout très morts !
Pensez-y.