Blog développant des sujets ayant trait à la self preservation au sens large, à la self-defense en particulier et au ju jitsu.
Dans une large mesure, les pratiquants d'arts martiaux s'astreignent à un travail en latéralité : on répète autant de fois à droite qu'à gauche les mouvements, afin d'équilibrer le corps.
Derrière cette pratique, on retrouve aussi souvent l'idée qu'en self défense, on ne sait pas de quel côté viendra l'attaque, et qu'il faut donc savoir exécuter aussi bien à droite qu'à gauche les mouvements de défense.
C'est également le cas en football par exemple, ou dans d'autres sports de balle, où il est important de savoir faire les mouvements du mieux possible aussi bien à droite qu'à gauche.
A contrario, dans beaucoup de sports (tennis, volley, …) ou sport de combat et notamment la boxe, on privilégie un côté. Le tennisman sert toujours de la même main, le boxeur conserve toujours la même garde.
Alors, faut-il latéraliser, et jusqu'à quel point ?
Les recherches des neurologues sur le fonctionnement du cerveau apportent des éclairages intéressants sur cette question.
Guy Azémar, chercheur en neurosciences et ancien médecin de fédérations française et internationale d'escrime (1) a ainsi analysé l'importance de la latéralité en escrime.
Il constate qu'alors que dans la population française la proportion de gaucher est d'environ 10%, elle est de plus de 50% dans l'équipe de France d'escrime (11 gauchers, sur 20 escrimeurs). Et dans les compétitions mondiales, les gauchers représentent 25% des engagés. Plus on va vers l'élite, plus cette tendance se confirme : 60% des médaillés d'or sont gauchers.
Alors, pourquoi les gauchers s'imposent-ils ? Le neuroscientifique constate que dans les situations d'incertitude spatio-temporelle, la main gauche réagit plus vite que la main droite, tant chez les droitiers que chez les gauchers. Le gaucher est donc avantagé, puisque c'est sa main gauche qui tient l'arme.
Si l'on couple cette analyse avec celle de l'œil dominant, c'est-à-dire l'œil que l'on utilise en général pour viser, qui réagit en premier et guide l'autre pour l'acquisition de la cible visuelle, on constate que chez les gauchers, la main gauche réagit plus vite et mieux s'ils ont l'œil droit dominant. De même chez les droitiers : s'ils ont l'œil gauche dominant, leur main droite est plus réactive. Les meilleurs experts mondiaux en escrime sont ainsi tous de type "croisés", avec une main d'action et un œil dominant opposé gauche-droit ou droite-gauche.
On le sait, le système nerveux central est asymétrique. En situation d'incertitude spatio-temporelle, le signal apporté par l'œil dominant est essentiel pour orienter le mouvement de la main. Or ce signal arrive du même côté du cerveau que l'œil dominant. Si l'œil droit est dominant, le signal oculaire arrive à l'hémisphère droit, à l'hémisphère gauche s'il s'agit de l'œil gauche.
Par contre, la gestion des membres supérieurs par le cerveau est croisée : c'est le cerveau gauche qui dirige le bras droit, et le cerveau droit qui dirige le bras gauche.
Dans le cas où la personne n'a pas le membre dominant et l'œil dominant croisé, il faut donc qu'il y ait coopération des deux hémisphère du cerveau pour agir. Chez un droitier avec œil dominant à droite par exemple, le signal oculaire de l'œil droit arrive dans l'hémisphère droit, qui sollicite l'hémisphère gauche pour bouger le bras droit en conséquence.
Alors que chez un gaucher avec œil dominant à droite, le signal oculaire arrive à droite, et c'est le même hémisphère qui gère directement le bras dominant.
Or ce passage d'un hémisphère à l'autre peut coûter entre 10 et 30 millisecondes de plus que dans le cas d'une latéralité œil-main. Et dans un sport comme l'escrime ou la plupart des mouvements s'effectuent en moins de 300 millisecondes, disposer d'une "avance" de 20 à 30 millisecondes est un avantage énorme !
Voilà qui explique la prédominance à haut niveau de profil de gaucher à œil dominant à droite : ils sont globalement naturellement plus rapides que leur petits camarades.
Première info : vous pouvez maintenant savoir à quelle catégorie de sportifs réactifs vous faites partie : les rapides ou les super rapides !
Au-delà de cette information, on peut retenir que la main gauche est globalement plus prompte que la droite dans le cadre de réactions vives à des stimuli imprévus. Le fait de "parer/ esquiver avec la main gauche" n'est donc pas qu'une vue de l'esprit ou une convention de droitier : pour les droitiers, il est naturel de parer à gauche et frapper à droite, la main gauche étant plus rapide à se diriger, et la droite généralement plus puissante.
S'il est donc assez logique de s'astreindre à un travail équivalent à droite et à gauche dans une optique de développement personnel harmonieux, ce n'est plus le cas dans un esprit de compétition sportive (sport de combat). Là, la latéralisation commence à avoir son importance, par le gain de vitesse d'exécution et la précision qu'elle permet. Ce n'est pas pour rien que les judoka, karateka et autres ont des "mouvements spéciaux", généralement travaillés d'un seul côté.
Et en matière de self défense ? Il parait contre productif de s'astreindre à faire aussi bien à droite qu'à gauche, car il est vain de penser arriver au même niveau des deux côtés. Il parait plus important d'être capable de faire des mouvements efficaces des deux côtés, même si ces mouvements ne sont pas les mêmes, pourvu qu'ils aient la même finalité. Ce qui compte, c'est la capacité de réaction rapide et brutale : après, qu'il s'agisse plutôt de la baffe main droite et du axe hand main gauche, finalement peu importe.
A vous de voir quelle est la finalité de votre entraînement, et d'en adapter la latéralisation en conséquence.
(1) cité dans Libération du 8/11/2010.